Nous avons rencontré Emmanuelle en discutant sur un réseau social, elle a accepté que son témoignage soit publié ici. Son message, est empli de colère, de cris, c'est son coeur de mère et
d'épouse qui parle. Mais c'est le seul moyen qu'elle a pour dénoncer les conditions de tétention. Comme toutes celles et ceux qui nous appelle le dimanche, elle subit cette séparation.
Alors courrage Emmanuelle, nous serons heureux de t'accueillir le 15 avril . Nous sommes avec vous tous!
cdi de cean.
La prison...
Vaste sujet, grosses ignorances et histoires invraisemblables, voilà comment nous pouvons traduire cela. Un jour
elle vous touche, vous ne savez ni pourquoi, ni comment, mais elle devient omniprésente dans votre quotidien, vous mangez prison, vous parlez prison vous dormez et rêvez prison. Elle vous obsède
au plus haut point.
Elle est arrivée chez moi en mars 2006, sans que je ne m’y attende « madame votre mari est en garde à vue, il
va être incarcéré », vous vous prenez une grande claque en pleine figure, vous pleurez encore et encore, pour reprendre vos esprits une paire d’heures plus tard et vous vous demandez ce que
vous avez bien pu faire au bon Dieu pour avoir méritez cela.
VOUS ? Rien, votre mari ? TOUT
Là commence notre chemin de croix, les papiers, les avocats, tout à gérer seule, alors qu’avant, il était là…
L’enquête, le refus de communication avec votre mari, qu’on vous oblige à supporter : « NON madame vous avez interdiction jusqu’au procès de voir, de parler ou encore d’écrire à votre
mari ». Vous vous demandez pourquoi, ne comprenez pas tout ce que l’on vous explique, car forcément la justice et les lois ce n’est pas votre fort, ce que vous en savez vous l’avez appris
par les faits divers et les films à la télévision. La LOI la VRAIE, vous ne la connaissez pas, personne d’ailleurs pour vous expliquer quoi que se soit, les avocats "bagatelle", ils ne vous
disent rien, ne savent ou ne veulent pas vous dire qu’ils savent. Bref le néant total,vous vous retrouvez seule, la famille partie en fumée, les amis inexistants, quand vous avez le malheur de
leur parler, ils vous font bien comprendre que dorénavant vous n’êtes « qu’une femme de détenu »…..
Femme de détenu, voilà désormais notre nouveau grade au sein de la société… On vous traite avec dédain, on vous
méprise (on ne sait pas le crime qu’a fait votre mari mais ce n’est pas grave, on le considère comme tueur en série au plus haut degré).
Le procès arrive, alors là, c’est du grand n’importe quoi, les juges, le procureur, les jurés, tout ce beau monde
est à mettre dans le même panier, celui de l’imbécillité… il y va de la vie d’un homme et la plupart des jurés dorment sur leur chaise en plein procès. Plus d’une fois vous avez envie de leur
hurler « debout là dedans », mais non pas le droit, toujours et encore le droit … la sentence tombe « 15 ans, ferme ». Là, vous vous effondrez sur votre siège et pleurez,
encore et encore (oui les pleurs font partie intégrante de la femme de détenu tout au long de son calvaire).
Vient au bout de 2 ans de bons et loyaux services sans ne pas avoir pu communiquer avec votre mari, votre permis
de visite, Oh grand bonheur, grande joie. Je vous rassure, seulement de courte durée, car là, vient la rencontre avec la prison !!!!! Lieu d’horreur, de puanteur, de cafard, de rats qui se
baladent dans les parloirs (oui, oui, Fresnes c’est tout ça ensemble). Mais bon, quelle joie de retrouver votre mari, de le serrer dans vos bras et de lui faire des bisous (pas trop, les
surveillants guettent ! ), là "re-belote", les pleurs encore et toujours, les pleurs de joie, mais aussi les pleurs d’horreur. Comment peut on enfermer un homme dans des conditions
pareilles, car si les parloirs sont aussi dégueulasses (désolé du terme mais le mot est encore trop faible pour exprimer tout cela), les cellules doivent être dans le même état, et effectivement,
renseignement pris auprès de votre mari, les cellules sont idem. La bouffe est infecte et froide, pas d’eau chaude dans les cellules, le chauffage laisse à désirer, les douches...hummmm !
Grand moment de bonheur, deux fois par semaine (pas plus car ils risqueraient de se plaindre de bénéficier de trop d’hygiène), la santé il faut en avoir une bonne et solide, car au moindre signe,
RIEN...Ah si, du Doliprane, médicament miracle qui soigne aussi bien les rhumes que les angines et les jambes cassées……et encore pour avoir ne serait ce qu’un cachet de doliprane, il faut prévoir
le lundi que vous allez tomber malade le samedi. Si vous n’avez pas de boule de cristal pour prévoir cela, vous n’avez plus qu’à attendre que le mal passe (ou vous faire ramener en douce de
l’Efferalgan par votre femme au parloir).
La prison c’est tout cela et bien plus encore. Notamment une chose qui doit faciliter la réinsertion, la JAP (juge
d’application des peines), charmante femme au premier abord. La réinsertion je ne pense pas que ce mot soit inscrit dans son vocabulaire, sabrant au fil des ans les crédits de report de peine
supplémentaire (CRPS), sous des prétextes bidons et erronés.
Bref vous voyez, c’est tout cela la prison, et bien plus encore, un grand moment de joie et de bonheur, vous
diront les gens bien intentionnés, qui pensent pour la plupart que les détenus sont confinés dans un complexe style « Club Med », avec activités gratuites (là aussi c’est faux, car des
cotisations sont demandées aux détenus, pour certaines d’entres elles), bouffe à volonté, douche tout les jours, télévision gratuite…..
Notre vie de femme de détenu "longue peine"
Notre vie de femme de détenu, qu’est ce ? Une vraie question pour la personne lambda !!! Pour nous, tout
un parcours. Le parcours, une ( …) incommensurable, indescriptible, abjecte et qui donne envie de vomir fréquemment ….
Une vie qui commence le matin, se lever, se préparer, préparer les enfants et partir pour une dure journée de taff
(car, il faut l’avouer, on aimerait bien élever nos gosses et que notre mari aille bosser à notre place), mais là, il ne faut pas rêver, nous n’avons personne à nos cotés pour le quotidien, et
assumer avec nous ou à notre place… Une vie faite de rires et de pleurs, surtout de pleurs (nous savons, NOUS, femmes de détenu, que les larmes sont inépuisables). La moindre contrariété, le
moindre problème devient pour nous un vrai calvaire, alors que pour un couple normal, la vie se passe à deux et les soucis sont partagés (nous non ! il n’y a que nous et encore que nous, et
encore il faut penser pour notre moitié "incarcéré", donc redoublement des problèmes). Un quotidien ingérable ou presque. Une question par ci, pas de réponse par là. Le désert affectif,
compréhensif et moral. Mais ! Car, il y a un mais, la SURVIE… Quel beau mot que celui là, la survie. Mot formidable pour nous, car il nous soutient chaque jour, chaque minute. Nous
survivons, voila le juste mot du vocabulaire des femmes de détenu, survie au niveau moral, survie au niveau argent, survie au niveau amour (surtout amour).
ESPOIR, autre mot essentiel de notre vocabulaire, espoir de les voir sortir, espoir de vivre mieux, espoir,
espoir, espoir….. PENITENTIAIRE ! Autre mot indéniable, nous vivons pénitentiaire, nous mangeons pénitentiaire, nous rêvons pénitentiaire et nous vomissons pénitentiaire ! Vomissons,
car la pénitentiaire est une juridiction impropre à la consommation, indigeste, néfaste et mortelle.
Vous allez me trouver dure, parano, pessimiste, que nenni, ce sont là tous les termes auxquels nous pensons quand
nous parlons de la prison. Personne n’aime parler de cette chose qu’est la PRISON, et pourtant NOUS, nous la vivons au quotidien, NOTRE quotidien, notre vie de tous les jours, imparfaite, néfaste
à notre survie, bref une belle saloperie… Les personnes non impliquées ne le comprendront pas, mais les femmes de détenus me comprennent, le savent et approuvent. Heureusement, nous formons
malgré tout une « communauté », certes restreinte, mais une communauté quand même, une communauté soudée, sachant les peines et les joies qui nous touchent, une communauté parfois unie,
parfois infecte, car il faut gérer les problèmes. Automatiquement tout ressort, mais cela SEULE NOUS femmes de détenus pouvons le comprendre et le tolérer. Une vie, pouvons nous appeler ça une
vie, NON une survie, seulement une survie, juste ça. Comment ne pas survivre après les parloirs, après les mandats (alors que nous n’avons que le strict minimum pour vivre), après la gérance de
tout ce qui touche à la vie de tous les jours ? LIBERTE, que le mot est GRAND et BEAU, nous en rêvons tous les jours que Dieu fait, toutes les minutes passées à attendre, tous les moments de
bonheur que nous vivons et qui ne sont pas partagés avec notre mari, liberté, Oh ESPOIR, oh DERISION surtout ….. Dérision oui, car comment avoir espoir en ayant un être cher en prison ?
Répondez si vous le pouvez, vous GENS bien sous tous rapports….
SOLITUDE, ça c’est notre quotidien, notre solitude nous pèse, personne ne le comprend et personne ne le partage …
Nous le vivons seules et nous ne le partageons pas !!! (D’ailleurs quelle est la personne qui voudrait le partager ?)
Emmanuelle
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